Portraits de Montréal | Portraits of Montreal

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  • « La deuxième fois qu’on s’est vus il m’a préparé à manger, c’était bon. »
    « J’avais bien fait ça pour vrai. J’avais un filet mignon au complet, que j’avais travaillé, j’ai fait les tournedos avec du bacon, une sauce au vin rouge avec du fond de veau, etc. J’avais préparé plein de trucs ! J’avais demandé à un ami chef de m’aider à confectionner un menu. »
    « Pour m’impressionner ! »

    "The second time we saw each other he prepared me a dinner, it was good."
    "I had done things properly, really. I had a whole filet mignon, which I prepared, I did tournedos with bacon, a red wine sauce with veal stock, etc. I had prepared a lot of things! I had asked a friend of mine who’s a chef to help me put a whole menu together."
    "To impress me!"

    "Oh you’re like Humans of New York! So you’re gonna ask us what we’re doing now? Cause you’re not gonna want to publish that…"
    "Why not? What are you girls doing?"
    "We’re about to get high!"

    « Oh c’est comme Humans of New York ! Donc tu vas nous demander ce qu’on fait maintenant ? Parce que tu ne vas pas vouloir publier ça… »
    « Pourquoi pas ? Vous faites quoi ? »
    « On va fumer du pot ! »


    "Do you remember the happiest day of your life?"
    "Yes, it’s when I had my son."
    "Is it challenging to have a first child?"
    "It is if you are a single mother."

    « Tu te souviens du plus beau jour de ta vie ? »
    « Oui, c’est quand j’ai eu mon fils. »
    « Est-ce que c’est difficile d’avoir un premier enfant ? »
    « Ça l’est si tu es une mère célibataire. »

    « Ça fait plus d’une vingtaine d’années qu’on se connait. Il y en a plein qui pognent des partners dans la rue, mais ils ne sont pas comme moi et lui. Je peux te le garantir sur la tête de n’importe qui, j’ai jamais vu deux itinérants s’adonner comme lui et moi. Lui il fait sa part, et moi je fais ma part. C’est de même que ça marche, il faut s’entraider. »

    Apprenez-en plus sur Gilles et Fernand ici : http://humansofthestreet.tumblr.com

    "We’ve known each other for over twenty years. Plenty of people find themselves partners in the street, but they’re not like him and I. I can guarantee it, on the life of anyone, I’ve never seen two homeless people stick together like us. He does his part, and I do mine. That’s how it works, we have to help each other."

    Find out more about Gilles and Fernand here: http://humansofthestreet.tumblr.com

    « Il y a une animatrice à la télé qui a dit que les autistes avaient le visage figé, qu’ils ne pouvaient pas sourire. J’ai lancé un appel à un groupe d’autistes pour qu’on se filme chacun chez nous, pour parler des mythes concernant les autistes, en souriant mais en se montrant au naturel. Je voudrais détruire les mythes sur l’autisme : une personne autiste n’est pas quelqu’un qui veut être tout le temps isolée, qui n’est pas capable de communiquer. Même un autiste non verbal communique avec des gestes. Je voudrais faire comprendre qu’on est des humains au même niveau que tout le monde, qu’on a des qualités, et qu’on est des personnes fiables. Je le fais pour mon fils parce que je voudrais ouvrir un chemin pour lui, pour les autres enfants, et pour moi aussi. »

    [Lucila a écrit un livre à propos de son histoire : « Lundi, je vais être Luka » / http://lucilaguerrero.com/wordpress/galeries/livre]

    "There’s a TV show host who said autistic people have a deadpan face, that they can’t smile. I reached out to a group of autistic people so that we would film ourselves in our homes, talking about the myths that surround autism, while smiling but still being natural. I want to demolish the myths around autism: an autistic person is not someone who wants to be isolated all the time, who can’t communicate. Even a non-verbal autistic person communicates with gestures. I want people to understand that we are humans just like everyone else, that we have qualities, and that we are reliable people. I do this for my son because I want to lead the way for him, for other kids, and for myself too."

    [Lucila wrote a book about her story: “Lundi, je vais être Luka” / http://lucilaguerrero.com/wordpress/galeries/livre]

    « J’ai découvert que j’étais autiste quand j’ai été consulter un médecin pour mon fils. Il ne voulait pas qu’on l’appelle Luka, il voulait qu’on l’appelle Train Bleu. Après six mois à refuser son prénom, j’ai vu un pédopsychiatre qui m’a dit que ça pouvait être un type d’autisme. J’ai couru sur Internet pour faire des recherches, et là en lisant toutes les caractéristiques je me suis surtout reconnue moi-même, plus que mon fils. J’ai beaucoup pleuré parce que ça répondait à tous mes questionnements, pourquoi j’étais différente. Depuis toujours je sentais que j’étais différente des autres, surtout à l’adolescence. Je n’avais pas les mêmes intérêts, on venait me chercher pour les travaux académiques, mais pas pour les activités sociales. S’il y avait une fête, un cinéma, on ne m’appelait pas. Je ne savais pas comment me rendre intéressante, comment interagir, je me sentais coupable de ma différence. »
    « En quoi tu es différente ? »
    « Pour résumer, ce serait ma communication : elle est informative et directe, pas très sociale, je ne vais pas parler juste pour parler de n’importe quoi. Et aussi je ne comprends pas les double sens, je prends tout au pied de la lettre : les blagues, l’ironie, les expressions, je ne comprends pas. La dernière fois une personne me parlait d’un bateau qui coulait, et je pensais que c’était vrai, qu’il y avait à Montréal un bateau qui coulait. En fait il me parlait d’un projet qui n’avait pas marché… Maintenant ces choses me font rire. »

    "I discovered I was autistic when I went to consult a doctor for my son. He didn’t want to be called Luka, he wanted to be called Blue Train. After six months refusing his name, I saw a child psychiatrist who told me it might be a form of autism. I rushed on the Internet to do some research, and when I read all the characteristics I recognized myself more than my son. I cried a lot because it answered all the questions I had, why I was different. I felt different from the others since forever, especially when I was a teenager. I didn’t have the same interests as everyone else, people would come to me for school work, but not for social activities. If there was a party, or people went to the movies, they didn’t call me. I didn’t know how to make myself interesting, how to interact, I felt guilty of being different."
    "How are you different?"
    "To be brief, it’s my communication: it’s informative and direct, not very sociable, I won’t talk just to talk about anything. And I don’t understand double meanings, I take everything literally: jokes, sarcasm, expressions, I don’t get those. The other day someone was telling me about a sinking boat, and I thought it was for real, that there was a boat sinking in Montreal. He was actually telling me about a project that didn’t work out… Now these things make me laugh."


    "I used to have three jobs: one in the morning, one in the day, and one in the night. Then my son went to study criminology, and my daughter medicine. Now I only have one job."

    « Avant j’avais trois jobs : un le matin, un la journée, et un le soir. Ensuite mon fils est allé étudier en criminologie, et ma fille en médecine. Maintenant je n’ai plus qu’une seule job. »

    « Lui c’est Chewy, il est très populaire. »
    « Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? »
    « Un cancer. Mais ça va, le pronostic est super positif. Et il est super content, super en forme ; il a beaucoup d’énergie. Maintenant il est plus heureux, avant je crois qu’il souffrait un peu. »

    "This is Chewy, he’s very popular."
    "What happened to him?"
    "Cancer. But it’s fine, the prognostic is very positive. And he’s super happy, in great shape; he’s full of energy. Now he’s happier, before I think he was in a bit of pain."

    "I’m used to the way people look at me, but I’m trying to be invisible, to smile as much as possible so that they forget about the wheelchair. It makes it less weird, and when they get to know me, they understand I’m no different. I remember one time, I was talking with a friend: we were moving forward, and there was an elevator on the left, and stairs straight ahead. My friend went directly for the stairs, and when we got there she realized that I couldn’t go up. She thought she’d just done the most horrible thing. But on the contrary, that’s the first time in my life I felt like everyone else."

    « J’ai l’habitude du regard des gens, mais j’essaie d’être invisible, de sourire le plus possible pour qu’ils oublient la chaise roulante. Ça fait moins bizarre, et quand ils apprennent à me connaître, ils comprennent que je ne suis pas différente. Je me souviens d’une fois, je parlais avec une amie : on avançait, et il y avait un ascenseur sur la gauche, et des escaliers droit devant. Mon amie est allée directement vers les escaliers, et quand on est arrivées en bas elle a réalisé que je ne pouvais pas monter. Elle a pensé qu’elle venait de faire la chose la plus horrible qui soit. Mais au contraire, c’est la première fois dans ma vie que je me suis sentie comme tout le monde. »

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