Portraits de Montréal | Portraits of Montreal

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  • « Faire mon chemin et être heureux, c’est mon défi dans la vie. Un jour j’aimerais avoir mon propre restaurant, mais au final si je suis heureux au jour le jour et que je suis capable de garder ça de même, c’est assez pour moi. En ce moment je suis heureux, j’ai trouvé le bon équilibre entre le temps que je mets dans ma vie professionnelle et le temps que je mets à côté. J’avais une job que j’aimais beaucoup, mais j’ai travaillé pendant huit mois soixante-quinze heures par semaine, six jours par semaine. Un moment donné ça a fait comme ‘Ok, faut que ça change.’ Quand tu fais du cash de même, t’as pas de temps à côté et ça finit par te coûter plus cher. Je me suis rendu compte que passé un certain niveau à faire de l’argent, ça rentre mais ça ressort autant. »


    "To follow my own path and be happy, that’s my challenge in life. One day I’d like to have my own restaurant, but in the end if I’m happy on the day to day and can keep it that way, it’s enough for me. Right now I’m happy, I found a good balance between the time I spend working and the time I spend on other things. I used to have a job I loved, but I worked for eight months seventy-five hours a week, six days a week. At one point I was like ‘Ok, it has to change.’ When you make money this way, you have no spare time and life ends up being more expensive. I realize that past a certain level of making money, it comes but goes just as fast."

    « J’ai un bac et une maîtrise en bio. »
    « Pourquoi tu ne les utilises pas ? »
    « Parce que je suis payé pour faire du vélo. »


    "I’ve got a bachelors and a masters in biology."
    "Why don’t you use those?"
    "Because I’m paid to ride my bike."

    « J’aime son sens de la justice, elle est très honnête et déteste l’injustice. »
    « Quelle est la plus grande injustice selon toi ? »
    « Le racisme. Je travaillais avec les communautés Quilombolas au Brésil, qui sont les descendants d’esclaves. Un Quilombo c’est l’endroit où les esclaves se cachaient quand ils s’enfuyaient, il y en a partout au Brésil. Je travaillais au ministère public, l’organisme qui règlemente les territoires de ces communautés-là, pour qu’elles puissent avoir un territoire qui leur appartienne. L’habitation de ces territoires était plus ou moins illégale, mais ils étaient là depuis parfois plus de 100 ans. Il y a plus de 300 communautés, et il en reste 100 qui ne sont pas encore règlementées. Donc on essaie de rendre leur présence légale. »


    "I like her sense of justice, she’s very honest and hates injustice."
    "What do you think is the biggest injustice?"
    "Racism. I used to work with the Quilombolas communities in Brazil, they’re the descendants of slaves. A Quilombo is the place where slaves used to hide when they ran away, there are some everywhere in Brazil. I used to work in the public ministry, the organization that legislates the territories of those communities, so that they can own their territory. They were living in those territories more or less illegally, but they had been here for over a hundred years. There are over 300 communities, and there are still a hundred that are not legislated. So we’re trying to make their presence legal."

    « On est mariés depuis quarante-cinq ans. »
    « Quarante-quatre ! »
    « Bon, j’arrondis au chiffre supérieur. »
    « Comment on fait tenir une relation pendant quarante-quatre ans ? »
    « Il faut que tu sois ouvert d’esprit, tu ne peux pas juste rester sur tes positions. Il faut qu’il y ait un dialogue. »
    « Il faut beaucoup de tolérance. Au début tu te dis ‘Moi je veux un mari qui est comme ci, qui est comme ça, etc.’ Et tout d’un coup tu réalises que ‘Bon, il n’est pas comme ci ou comme ça, mais… ok, après tout c’est pas plus mal, et ça ne me rend pas malheureuse !’ »


    "We’ve been married for forty-five years."
    "Forty-four!"
    "Well, I’m rounding it up."
    "How do you make a relationship last forty-four years?"
    "You have to be open minded, you can’t stick to your positions. There needs to be a dialog."
    "You need a lot of tolerance. At first you’re like ‘I want a husband who’s like this and like that, etc.’ And suddenly you realize that ‘Well, he’s not like this or like that, but… ok, after all it’s not that bad, and it doesn’t make me unhappy!"

    [Ces deux-là marchaient d’un pas pressé lorsque je les ai croisés.]

    « C’est pour un concours, mais il faut vraiment qu’on y aille, désolé ! »

    [Ils ont ensuite disparu dans un bar… Un peu plus loin, j’ai croisé un groupe d’une dizaine de personnes déguisées de la même manière. J’ai essayé d’en savoir un peu plus sur ce qu’il se passait…]

    « On passe le meilleur moment de notre vie, c’est tout ce qu’on peut te dire. »

    Quelqu’un sait-il de quoi il s’agissait ?

    [These two were in a hurry when I ran into them.]

    "It’s for a contest, but we really have to be on our way, sorry!"

    [And they disappeared into a bar… A bit further, I ran into a group of about ten people dressed up in the same way. I tried to find out a bit more about what was going on…]

    "We’re having the time of our lives, that’s all we can say."

    Does anybody know what this was about?

    « J’ai fait la Nuit des Sans-Abri les quatre années précédentes, jusqu’à 6 heures du matin. C’est pas que je m’implique, mais je trouve qu’une fois par année c’est important de dire qu’on est sensible à cette cause. Moi aussi je pense qu’un jour je peux me retrouver dans la rue. Je travaille dans une salle de spectacle, c’est quand même assez précaire, et je vais avoir cinquante ans. Trouver une job à cinquante ans c’est pas facile. »
    « C’était comment de passer la nuit dans la rue ? »
    « J’ai trouvé ça difficile, mais il y a toujours une part que tu ne peux pas vraiment comprendre parce que j’ai un appartement. Tu sais que toi c’est juste temporaire, tu retournes chez vous, t’as une douche, des toilettes, un frigo, etc. Eux autres ils n’ont pas ça, mais ça te permet de comprendre un peu ce qu’ils vivent. »

    "I was at the Night of the Homeless for the past four years, until 6am. It’s not that I get involved, but I think once per year, it’s important to show that we support this cause. I think that one day I could end up in the street too. I work in a theatre, it’s quite precarious, and I’m about to be fifty years old. Finding a job at fifty isn’t easy."
    "What was it like to spend the night in the street?"
    "I thought it was hard, but there’s always a part of it you can’t really understand because I have an apartment. You know that it’s just temporary, you go home you have a shower, a toilet, a fridge… They don’t have any of that, but it allows you to get an idea of what they’re going through."

    La nuit des sans-abri de Montréal

    "What’s your greatest struggle these days?"
    "Women. I just got into a fight with my girlfriend."
    "Nothing too serious I hope?"
    "I don’t know… We’ll see in a couple of hours."

    « Quel est ton plus grand défi en ce moment ? »
    « Les femmes. Je viens de me chicaner avec ma blonde. »
    « Rien de trop sérieux j’espère ? »
    « Je ne sais pas… On verra dans une couple d’heures. »

    « Je me bats pour l’humanité à ma manière, mais je trouve que je me bats pour rien. En fait c’est le capitalisme qui ne me convient pas. Je viens d’un monde communiste, je viens de Bulgarie. Je sais que je ne peux pas défendre Staline, je le sais et je le reconnais. Mais les priorités quand même : quand on n’avait pas d’argent, qu’il n’y avait pas de surconsommation et pas de consommation en fait pratiquement, les priorités n’étaient pas les mêmes. On avait peu à manger mais on avait tant à lire, à voir, à apprécier. Ça fait trente ans que je suis sortie du communisme mais je ne m’en remets pas encore, en fait je trouve ça de plus en plus difficile. »

    "I fight for humanity in my own way, but I find I fight for nothing. Actually it’s capitalism that doesn’t suit me. I come from a communist world, from Bulgaria. I know I can’t defend Stalin, I know that and I admit it. But still, the priorities: when we had no money, when there was no overconsumption, and in fact almost no consumption, the priorities weren’t the same. We had little to eat but so much to read, to see, to appreciate. I’ve been out of communism for thirty years and I’m still not over it, in fact I find it more and more difficult."

    « On s’est rencontrés dans un club gothique. Quand on s’est parlés pour la première fois on se connaissait de vue depuis un bon trois ans, mais on ne s’était jamais jamais jaaaamais parlés. »
    « Et qu’est-ce qui a fait que vous vous êtes parlés un jour ? »
    « C’était le jour de la Saint-Valentin… »
    « À cette époque-là je travaillais dans une chocolaterie, et la Saint-Valentin dans une chocolaterie c’est comme l’enfer. Donc à la fin de la journée, enfin la Saint-Valentin est terminée et je veux juste aller danser au club. J’avais déjà bu beaucoup je pense, et lui portait un truc rouge… S’habiller en rouge pour la Saint-Valentin pour moi c’est comme ‘Arrghhh’, et alors que je ne lui avais jamais parlé - moi je ne m’en souviens pas mais il paraît - j’ai pris ce qu’il portait [elle attrape son manteau] et j’ai fait ‘Arg’ avec dégoût. Et à la fin de la soirée il a quand même décidé de me dire bonjour. »

    "We met in a gothic night club. When we spoke for the first time we had known each other by sight for a good three years, but we had never ever eeeever spoken."
    "And what made you talk to each other one day?"
    "It was Valentine’s Day…"
    "Back then I was working in a chocolate shop, and Valentine’s Day in a chocolate shop is like hell. So at the end of the day, finally Valentine’s Day is over and I just want to go dance in the club. I had drank a lot already I think, and he was wearing a red piece of clothing… Wearing red for Valentine’s Day to me is like ‘Arrghhh’, and although I had never talked to him - I don’t remember that but I’ve been told so - I took what he was wearing [she grabs his coat] and I did like ‘Arg’ in disgust. And at the end of the evening he still decided to say hi to me."

    « Un jour on est allés au Mont-Mégantic pour observer le ciel avec ma classe. J’étais excitée de pouvoir enfin voir Mars de près ! Je m’attendais à quelque chose de féérique, une planète colorée, d’un rouge intense. Mais en fait dans le télescope, la vue était presque en noir et blanc, le rouge à peine visible. Les images qu’on a l’habitude de voir du ciel sont souvent exagérées pour bien reconnaître les astres. C’est peut-être idiot, mais ce jour-là m’a vraiment marquée, ça m’a permis de me rendre compte que je devais prendre les choses comme elles sont, de moins analyser, moins anticiper. »

    "One day we went to the Mont-Mégantic to observe the sky with my class. I was excited to finally see Mars up close! I was expecting something magical, a colorful planet, with an intense red. But actually in the telescope, the view was almost black and white, the red barely visible. The images of the sky we usually see are often exaggerated to recognize the stars. It may be silly, but that day really affected me, it allowed me to realize that I had to take things as they are, to analyze less, anticipate less."

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